176 © Horizons d'Argonne N° 95 - Juin 2018
JACQUES HUSSENET NOUS A QUITTÉS
Avec la disparition de Jacques Hussenet, l’Argonne perd son plus grand érudit.
Son travail au sein du Centre d’études argonnais, dont il était un des vice-
présidents, en témoigne. C’est lui qui détenait le record des articles publiés par notre revue avec
46 mentions depuis 1978, sur les sujets et dans les formes les plus variés. D’une famille de
paysans, il n’hésitait pas à signer avec humour un de ses textes sur l’agriculture de la mention
« gardien de vaches honoraire ». On peut aussi retenir un grand nombre d’articles sur la période
moderne, de Louis XIV à la Révolution et des analyses rigoureuses des statistiques officielles.
Dans l’ensemble, rien ne lui échappait et depuis longtemps il livrait à chaque numéro une
bibliographie exhaustive qui commentait en profondeur toutes les parutions de l’année.
Son ouvrage « Argonne 1630-1680 » est une somme de connaissances
indépassable qui témoigne d’une puissance intellectuelle impressionnante.
Après des études secondaires au petit séminaire de Châlons-sur-Marne, en 1963,
Jacques était entré en première année dans la promotion qui inaugurait la Faculté des Lettres
de Reims. Il fut élu président de l’Amicale des étudiants en Lettres, puis président de la
Fédération générale des étudiants de Reims. Il poursuivit cette activité bénévole en devenant
administrateur du CROUS, l’organisme chargé du soutien matériel des étudiants, contribua à la
mise en place du Conseil de gestion de lU.E.R. de Lettres et siégea au conseil de l’Université.
Il participa aussi à la fondation de la Maison de la culture de Reims. Parallèlement à la poursuite
de ses études, il entra dans la vie active, en 1965 comme maître auxiliaire en histoire-
géographie fonction qu’il assuma jusqu’à son service militaire effectué au Premier Groupe de
Chasseurs à Reims. De 1972 à 1982 Jacques fut char d’études au Comité d’Expansion
économique de la Marne, puis intégra l’agence d’urbanisme de la Marne où il s’imposa comme
l’un des spécialistes régionaux de l’aménagement rural. Sa carrière s’acheva en qualité de
consultant en patrimoine et tourisme. Une compétence et un dévouement qui justifiait bien
l’attribution des Palmes académiques.
Mais, bien sûr, c’est la recherche qui le tenaillait. Sectaire de notre association,
il était aussi vice-président de la Société académique de la Marne et membre de la Société de
démographie historique. Titulaire d’un D.E.A. de démographie historique il allait mettre un
terme à un débat fraais en s’attaquant aux problèmes démographiques de la Vendée pendant
la Révolution. En 2007 paraissait un ouvrage de 634 pages, « truisez la Vendée !», clôturant
les polémiques. Les terribles événements révolutionnaires avaient abouti à la mort de 140 à 190
000 personnes et non à près de 250 000 comme on le croyait, et le rôle du clercatholique
était à reconsidérer. Georges Clause, notre maître et président du Centre, n’hésitait pas à
affirmer que Jacques était alors le meilleur démographe historique de notre pays. On ne peut en
douter en rappelant qu’en 2017 les Archives nationales ont ouvert sur Internet un site proposant
en ligne 13 000 documents, réalisé à partir d’un guide des sources, œuvre de notre ami. Il n’est
pas difficile de saisir l’importance d’un tel collaborateur pour une association comme la nôtre.
D’autant plus que l’ami était toujours prêt à se dévouer et à rendre des services désintéressés.
Il serait cependant erroné d’en déduire qu’il était dépourvu des rugosités nécessaires au respect
de la dignité de l’homme et du chercheur. Un notable local extravagant en fit l’expérience à ses
dépens, et personne ne s’en est plaint.
Au sein de notre équipe lorsqu’un problème de source, de date ou de localisation
se posait, la conclusion était « on va demander à Jacques ! »